Update: sur le dernier paragraphe, concernant les Archives Ouvertes au CNRS, je vous invite à lire le commentaire de Michel, qui apporte des précisions et des nuances importantes.
J’ai reçu, comme tous les abonnés à l’une ou l’autre des listes de diffusion de Couperin, un projet de Charte qui sera voté par le prochain CA de l’association, en juin ou juillet.
C’est un texte concis, d’une page. Il y a plusieurs aspects dont je ne parle pas ici, parce qu’ils ne posent pas problème. Mais mon établissement devant se positionner, je relève quelques points qui peuvent poser problème. Il s’agit de ce qu’implique la participation au consortium.
La Charte n’est d’ailleurs pas claire à ce propos: que signifie “implique”, sachant que tout ceci est en dehors des statuts de l’association proprement dit; et que signifie, alors, transgresser la Charte (mais pas les statuts)? Sous peine de quoi ne respecte-t-on pas ce qu’implique la Charte, mais que n’impliquent pas les statuts?
Bref: le statut du document lui-même n’est pas très clair; il semble avoir surtout pour but de se donner les moyens de pouvoir, le cas échéant, admonester les enquiquineurs. Mais n’a pas vraiment de valeur contraignante: c’est juste “ce qu’on aimerait bien…”
L’adhésion implique donc la participation à la vie du consortium et en priorité : de participer aux négociations avec les éditeurs.
Couperin repose en fait sur un petit groupe d’établissements qui “portent” l’essentiel du poids des négociations et des groupements de commande. L’énorme majorité des établissements sont en fait en position de “clients” de Couperin, ce que les membres actifs acceptent plus ou moins bien. Il est certain que seule une minorité d’établissements respectent ce point de la Charte: la majorité d’entre nous ne sont pas et ne seront pas négociateurs. Ce n’est donc pas, pour l’instant, une exigence très réaliste, ni, par conséquent, réellement un problème. Mais je pense que c’est significatif de tensions tout à fait réelles au sein du Consortium. La Charte insiste que “Le consortium COUPERIN n’est pas un prestataire de services” et c’est une pente contre laquelle les membres les plus actifs résistent, mais c’est pourtant bien ce qui se passe dans les faits.
[L’adhésion implique] d’informer COUPERIN de tout accord signé avec un éditeur, de fournir ses statistiques d’usage de la documentation électronique, d’autoriser les éditeurs à les fournir à COUPERIN et d’autoriser le consortium à les publier dans son rapport annuel
Pour saisir toute l’énormité de ce paragraphe, il faut se souvenir que Couperin est une association loi 1901 dont les membres sont des administrations de l’Etat: les Universités. Couperin, oeil panoptique de la documentation électronique. Qui veut connaître ce que l’Etat signe comme contrats, qui veut se substituer au ministère dans la collecte des statistiques nationales, qui entend publier des statistiques sur l’activité des BU, sans leur demander leur avis, puisqu’on envisage d’aller les chercher directement auprès des éditeurs. Bref Couperin qui, d’association collaborative, veut devenir, au moins pour ce qui concerne la doc électronique, une tutelle des BU. Ce qui est bien entendu contradictoire avec le paragraphe cité précédemment et l’insistence de la Charte, par ailleurs, sur l’aspect collaboratif de l’entreprise.
[L’adhésion implique] d’indiquer sur son site web à la page ressources électroniques sa participation au consortium.
C’est la suite du précédent, c’est-à-dire un signe supplémentaire d’une dérive somme toute classique: une institution créée dans un but précis, tout pragmatique (négocier des contrats de documentation électronique) et qui prend petit à petit une vie propre qui lui fait aspirer à tout autre chose: la reconnaissance, la visibilité publique, la pérennité. Un logo. Un hymne: Freude, schöner Götterfunken / Tochter aus Couperin (Joie ! Belle étincelle des dieux / Fille de Couperin). Et, en tout cas, en attendant l’hymne, au moins un lien sur votre site web. Ce qui est bien sûr exclu: de la même façon que j’enlève le copyright de mon fournisseur de SIGB sur mon opac, je ne fais pas de pub pour Couperin sur mon site web. Personne, dans le public, n’a à connaître nos tambouilles internes, et donc l’existence de Couperin. Ce qui intéresse le public, c’est d’avoir de la doc. électronique, pas de savoir comment elle arrive dans son assiette.
[L’adhésion implique] de faire bénéficier les membres du consortium de son expertise et de son expérience [et] d’organiser, le cas échéant, des journées d’étude en accord avec les responsables du consortium
Oh: ça c’est un article tout à fait spécial. Il mérite un long commentaire, que dis-je, une scholie dont il serait le maigre lemme… J’en parlerais peut-être une autre fois.
Pour finir, faut-il voter pour ou contre cette Charte? Pour bien sûr! Et l’oublier tout aussitôt: elle est faite pour ça.
Tant qu’on est sur Couperin, la doc électronique et autres sujets du même tonneau… A signaler: le CNRS a mis en place un nouveau comité de pilotage des Archives Ouvertes. Info via Michel Roland, publiée par ses soins: de façon neutre dans Urfist Info, et avec son opinion personnelle sur son blog perso… Mais ce post-là a disparu entre le moment où je l’ai lu dans mon aggrégateur et maintenant… Il ne reste que le titre.
Dans le cache de mon aggrégateur, ça dit en substance que le co-pilotage national entre le CNRS et Couperin, dont le protocole était finalisé en décembre dernier, mais n’a finalement pas été signé en bonne et due forme, a l’air mal barré. Exit Couperin?